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Antitoxine
D'un mot grec signifiant "contrepoison". Les antitoxines sont des anticorps qui neutralisent les toxines microbiennes de façon spécifique. Autrement dit : à chaque toxine son antitoxine.
L'antitoxine est en place dans l'organisme, et elle y est pour assurer sa défense contre les microbes producteurs de toxines; ce qu'ils ne sont pas tous. Mais il en est, en revanche, qui le sont de façon particulièrement active; ainsi, par exemple, ceux qui dispensent la diphtérie, le tétanos, ou la scarlatine. Devant une telle situation, injecter dans un organismes des antitoxines d'une manière artificielle de façon à prémunir cet organisme représente, pour un médecin, l'idéal. L'immunité ainsi créée sera dite "passive".
Pour ce faire, on utilise des sérums, sérums antitoxiques en l'occurrence. Il ne s'agit pas de vaccins. Le rôle du sérum consiste à introduire dans l'organisme la partie d'un autre organisme qui s'est déjà spontanément ou artificiellement protégée contre une maladie (toxique dans le cas qui nous intéresse). Un certain nombre de moyens permettent de reconnaître si l'organisme est susceptible de contracter la maladie ou s'il y est réfractaire. Ainsi, la réaction de Dick pour la scarlatine (l'Américain Dick fut le premier à utiliser le sérum antitoxique pour la scarlatine en dose de 6 000 unités en intramusculaire). Si la réaction est négative, le sujet est réfractaire à la maladie.
On trouve l'origine de ces sérums antitoxiques dans les découvertes faites le plus souvent en France, à la fin du XIXe siècle, comme celles de Roux et de Yersin qui, en 1883, isolaient la toxine diphtérique. En 1890, Behring et Kitasato découvraient l'antitoxine diphtérique que Martin et Chaillou appliquaient en 1893 à la sérothérapie antidiphtérique.
L'immunité dans la diphtérie, prise ici en exemple, est due à la présence d'une antitoxine dans le sang. Comment mettre en évidence cette présence? Un certain nombre de méthodes ont été mises au point. Par exemple, celle (réaction de Schick) qui consiste à faire une intradermo-réaction à l'avant-bras d'un 50e de la dose mortelle de toxine pour un cobaye de 250 g, c'est-à-dire de 0,1 cm3 et on lit, au bout d'un certain temps, la réaction. Si cette réaction est positive, c'est-à-dire si au point d'injection apparaît, au bout de 24 à 48 heures, une rougeur qui prend son maximum d'intensité vers le 4e jour pour s'estomper vers le 8e jour, le sujet n'est pas porteur d'antitoxines. Avoir réagi localement à la toxine prouve qu'il est réceptif à la maladie. L'absence de réaction, au contraire, prouve que le sujet est réfractaire à la maladie : il est déjà porteur d'antitoxines.
En 1890, Kaut Faber isolait la toxine du tétanos.
En 1891, Behring et Kitasato démontraient les propriétés antitoxiques du sérum de lapin, tandis qu'en France Ramon mettait au point le sérum antitoxique par injection. Ce sérum fut fait par l'injection à un cheval d'une anatoxine, c'est-à-dire d'une toxine ayant perdu, après traitement, son pouvoir toxique tout en conservant ses propriétés antigéniques. Il s'agit en l'occurrence d'une toxine tétanique traitée par le formol à 40% et passée à l'étuve à 36¡ pendant un mois; additionnée de tapioca stérile et pulvérisée, elle provoque une réaction locale qui permet au cheval d'élaborer son sérum.
C'est toujours dans ces conditions que le sérum de cheval, riche en antitoxines, est utilisé pour le traitement du tétanos humain. Dans le cas du tétanos, la toxine diffuse lentement dans le sang pour atteindre les cellules nerveuses, le temps pris pour cette diffusion mesurant exactement la période d'incubation du tétanos. Cette période d'incubation est variable selon la gravité de l'infection. Elle peut être de quelques jours ou de plusieurs semaines et c'est, bien entendu, durant cette période que doivent être utilisés les sérums, très vite et intensément. Une fois les toxines fixées sur le système nerveux, il est beaucoup plus difficile pour les antitoxines de les atteindre.
Chaque malade a son sérum. Les sérums, spécifiques pour chaque malade, sont actuellement purifiés et désalbuminés, les antitoxines étant essentiellement fixées sur la pseudo-globuline (un des composants azotés du sérum). D'autre part, ces sérums sont concentrés ou, en d'autres termes, enrichis en unités antitoxines; ils sont ainsi moins dangereux et plus efficaces.
On ne saurait trop insister sur le fait que les antitoxines, pour être efficaces, doivent être employées précocement. La sérothérapie, quelle qu'elle soit, doit être pratiquée très rapidement.
On doit savoir également que la sérothérapie n'a qu'une valeur curative et limitée dans le temps; un temps qui varie selon les sérums utilisés. Utilisé à titre de précaution, le sérum antitétanique n'a de valeur qu'associé au vaccin antitétanique (non pas dans la même seringue, car l'un détruirait l'autre, mais pratiqué les mêmes jours que la vaccination antitétanique). Le sérum n'est, en effet, qu'une protection provisoire, et le vaccin est appelé à "prendre le relais" de cette protection à long terme
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