Assurance (l'équilibre financier)
Le régime des assurances-maladie en France pose constamment des problèmes à ceux qui sont responsables des organismes sociaux. Le premier problème est l'équilibre financier qui est réalisé périodiquement grâce aux transferts entre les cotisations des Allocations familiales et les cotisations de la Sécurité sociale. Il est bien certain que la tendance au déséquilibre budgétaire de l'assurance-maladie tient essentiellement à ce que les besoins médicaux croissent beaucoup plus vite que les ressources de la caisse, pour la raison très simple que les ressources des caisses sont fondées sur les salaires et suivent la même courbe que le revenu national, alors que la consommation médicale croît plus vite. Cette différence de rythme conduit, à terme, au déficit. Il faudrait donc ou bien réduire les frais médicaux pris en charge par le régime d'assurances-maladie obligatoire, ou bien augmenter les ressources des caisses.
C'est du premier terme de cette alternative qu'est née l'idée de demander aux familles de prendre en charge "le petit risque" médical. C'est qu'il courait une légende : le déficit était dû aux rhumes de cerveau des présidents-directeurs généraux, aux cures thermales des cadres, et au fait que l'ensemble des assurés sociaux gaspillaient une grande partie des ressources des caisses en recourant à des médicaments sans efficacité alors qu'ils n'étaient pas vraiment malades. Mais des études sérieuses, au contraire, ont fait ressortir que ce que l'on appelle "le petit risque", dont la définition est d'ailleurs très difficile, est essentiellement la consultation que demandent les mères de famille pour leurs enfants, ou pour les vieillards, non pas pour la consommation de médicaments superflus, mais parce que l'enfance et la vieillesse sont les périodes de la vie où les risques médicaux sont les plus lourds : risque d'infections aiguës pour les jeunes enfants, risque de mortalité pour les vieillards.
Il est tout à fait normal que les catégories en question aient recours au médecin dans une large mesure. Cette intervention du médecin est en effet la meilleure forme de prévention individuelle qui se puisse trouver. On ne saurait donc trop recommander aux mères de famille, aux personnes âgées de consulter régulièrement de façon à éliminer les risques d'aggravation qui, eux, seraient des risques lourds. Le progrès économique qui est le fruit de notre civilisation moderne a pour fin de permettre à l'ensemble des citoyens de vivre plus longtemps et de vivre mieux. La notion de "petit risque" s'est donc effondrée.
Quant au "risque lourd", c'est le coût de maladies et d'affections graves, généralement dues aux nuisances de notre civilisation, et aussi au fait que la médecine soigne et guérit maintenant des malades autrefois incurables.
En médecine, d'ailleurs, tout progrès élève le coût de l'assurance-maladie, d'une part parce qu'il oblige à recourir à des appareillages nouveaux et des recherches coûteuses, d'autre part parce que, en prolongeant la vie, il prolonge les traitements. Un autre facteur de l'augmentation du coût de la médecine et des soins médicaux, c'est le progrès culturel. L'ensemble des citoyens sait maintenant qu'on peut utilement recourir à la médecine et y recourent. Enfin, l'urbanisation permet de mettre à la disposition des citoyens des équipements collectifs, avec des médecins en nombre suffisant et des spécialistes de laboratoires et de radiologie pour recourir à toutes les techniques modernes. Ainsi, la réduction du coût de l'assurance-maladie s'est-elle révélée illusoire.
L'autre terme de l'alternative, l'accroissement de la masse des cotisations, semble plus concevable si cette masse est équitablement répartie. Dans l'esprit des citoyens, l'assurance-maladie, obligatoire, reste tout de même une assurance, en ce sens que les ménages préfèrent de beaucoup augmenter la cotisation qui les met à l'abri de toute surprise, plutôt que de voir s'accroître le "ticket modérateur", qui est la part des frais non remboursée. Pour l'assuré social, ce ticket modérateur est la mauvaise surprise d'une cotisation supplémentaire. L'assuré préfèrera une cotisation qui le protège contre les risques de maladies quels qu'ils soient
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