Bachotage
Le mot "Bachot" n'apparaît que dans la deuxième moitié du XIXe siècle, comme déformation familière de "baccalauréat", premier grade universitaire. Le bachotage, c'est la préparation hâtive du baccalauréat (et, par extension, de tout examen) en vue du seul succès pratique, au détriment d'un savoir plus approfondi. Montaigne disait déjà que mieux vaut "une tête bien faite qu'une tête bien pleine". Or, et pour s'en tenir au baccalauréat, ceux qui s'y préparent ont trop généralement tendance à avoir, la veille de l'examen, une tête qui, plus que bien faite, serait bien pleine...
Sans doute cela tient-il, pour partie, aux méthodes d'enseignement et les réformes successives du "bachot" semblent bien obéir à la nécessité de moderniser une école et une tradition séculaires. Mais le "bachotage" s'explique aussi par le manque de temps, ou la mauvaise répartition du travail dans le temps; il s'explique aussi et surtout par le manque d'intérêt : de trop nombreux lycéens (ou étudiants) n'ayant pas appris à apprendre, ne comprennent pas ce qu'ils apprennent. Ainsi, pour certains dont le seul souci est en définitive l'obtention du diplôme, la préparation de l'examen devient "bachotage".
L'essentiel pour eux n'est pas d'avoir des connaissances, l'essentiel est de pouvoir "les resservir" au moment opportun, c'est-à-dire le jour de l'examen. Et d'être reçu.
La notion de rapidité et d'acquisitions superficielles est inséparable de la notion de bachotage. Et cette rapidité, exclusive de toute réflexion véritable, fait naître non à proprement parler un surmenage intellectuel, mais une tension nerveuse, une anxiété qui prive le travail de préparation de toute son utilité. Dans le même temps qu'il empile un peu "au petit bonheur la chance" des "connaissances" que la mémoire sera, le jour venu, chargée de retrouver, celui qui "bachote" est assailli d'idées parasites : sera-t-il prêt à temps? Il est obsédé par la crainte : va-t-il échouer? Et ses possibilités réelles se trouvent par-là même, et d'autant, limitées.
Considéré comme un travail fatiguant qui, plus qu'à la compréhension, fait appel à la mémoire, le "bachotage" est aussi privé d'intérêt pour celui qui s'y adonne que le sont, pour l'ouvrier des temps modernes, les gestes automatiques et mille fois répétés du travail à la chaîne.
Dans la mesure où le bachotage fait ainsi, et exclusivement, appel à la mémoire, il apparaît étrangement anachronique. Doit-on, ici encore, faire le procès des programmes qui, plus qu'à la compréhension, font appel à la mémoire? Si l'on n'a vraiment en vue que cette faculté, le bon sens rappelle que la science moderne met à notre disposition des machines, des ordinateurs qui ont, eux, la mémoire, et une mémoire sans faille, à leur actif, laissant à l'homme le travail de conception
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