Bercement
Bien des choses ont été dites et écrites à ce sujet. Bien sûr, admettent certains, prendre l'enfant dans ses bras, le promener et le bercer lorsqu'il pleure, cela peut l'apaiser; mais ne court-on pas le risque, agissant ainsi, de le "gâter"?
Mais faire ainsi du bercement le remède aux pleurs, aux colères aussi, pour ne pas parler de coliques, est-ce bien poser le problème? Ainsi posé, il ne peut connaître que deux solutions : laisser l'enfant pleurer et c'est le rendre malheureux - le bercer chaque fois qu'il pleure, et c'est se rendre esclave.
En tant que remède, le bercement n'en est qu'un entre plusieurs autres. Si l'enfant pleure, on peut aussi bien vérifier que rien ne le dérange réellement, et le laisser dans son berceau après avoir fixé un hochet ou un morceau de tissu rouge à son berceau (l'efficacité du procédé a été souvent vérifiée, voir berceau). On peut encore pousser son berceau devant la fenêtre : il aime la lumière. Autre remède : donner à l'enfant un biberon supplémentaire d'eau ou de lait; le sommeil viendra vite. Il n'y a aucun inconvénient à agir de la sorte, et vers la sixième, huitième semaine, le bébé se règlera de lui-même et les nuits seront complètes et paisibles.
Mais le bercement est tout autre chose qu'un remède. C'est une preuve de tendresse. Une preuve de tendresse qui peut être donnée dans la journée, dans le calme, après une tétée par exemple.
Sensiblerie? Non. On le sait aujourd'hui, alors qu'on paraissait autrefois l'ignorer : c'est entre 4 et 18 mois que l'enfant connaît le plus intensément le besoin d'être aimé. La formule qui fait du nourrisson "rien d'autre qu'un tube digestif" est une formule imbécile et dangereuse. L'enfant n'a pas seulement besoin de nourriture. Certes, le biberon a son importance, et le sein maternel en a une plus grande encore. Mais c'est au cours des 18 premiers mois de la vie qu'apparaissent le premier sourire, le premier mot, le premier pas, et tous ces progrès se font à partir de la mère, centre de tous les tableaux qui représentent ce monde dans lequel pénètre l'enfant. Un manque d'affection peut alors être pour lui une épreuve telle qu'elle peut compromettre son développement.
On a donné un nom à la maladie, car maladie il y a, de l'enfant privé d'amour - c'est l'hospitalisme. Observée, à l'origine, chez des enfants faisant de longs séjours à l'hôpital, puis chez tous les enfants privés des soins maternels, cette maladie présente dans son évolution différents stades. Une visite d'une pouponnière est à ce sujet édifiante. On peut, en effet, constater que dans un très grand nombre de cas, les enfants qui y sont placés, cherchent d'eux-mêmes des équivalents du bercement maternel. Assis dans leur berceau, ils font osciller leur tête et leur tronc d'une manière rythmée en véritable tic de balancement qui peut durer des heures : ils cherchent à remplacer ainsi, spontanément, le bercement maternel absent
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